Ce qu’on ne vous dit pas sur la singulière crise du coronavirus

Ce qu’on ne vous dit pas sur la singulière crise du coronavirus

Le , par Christophe Brochard

La singulière nature de la crise économique du coronavirus

Face à un déluge continu d’informations, de statistiques,…, il est important de bien comprendre la nature particulière de la crise du coronavirus. En 2008, il s’agissait d’une crise financière (subprimes) qui est devenue une crise économique et politique. Aujourd’hui, c’est l’inverse exact : il s’agit de décisions de politiques sanitaires mises en œuvre contre le coronavirus, qui provoquent un arrêt historique de l’économie, puis une crise financière.

En effet, les mesures de confinement, comme celles mises en œuvre en France, en Italie, et en Espagne, impliquent l’arrêt de la quasi-totalité de l’économie d’un pays en un instant, sur décision politique : nous n’avons jamais vécu cela à cette échelle. Ainsi, gardons à l’esprit que ce sont des décisions de politiques sanitaires d’Etats qui sont centrales dans le déclenchement de cette crise ; elles seront également centrales pour la sortie de cette crise.

 

Que s’est-il passé depuis février 2020 ?

Nous venons de traverser une période de vente massive de tous les actifs sur les principaux marchés financiers mondiaux (sell-off généralisé), une baisse de marché d’une violence et d’une rapidité historique : entre le 19 février, et le 18 mars, l’indice phare des actions européennes (Eurostoxx 50), pour ne prendre que celui-la, a perdu près de 40% de sa valeur, soit sa performance sur toute l’année 2008…mais en 27 jours.

Les confinement est un saut dans l’inconnu

La spécificité de cette vente généralisée (sell off), est qu’aucune valeur refuge n’a émergé. D’ordinaire, dans une crise financière, les investisseurs vendent certains titres, pour en acheter d’autres, qui servent de refuge : par exemple de l’or, des bons du trésor américain, etc… Or ici, aucun actif refuge n’a fonctionné. La panique était telle que même les fonds monétaires (qui ne présentent théoriquement aucun risque en capital) ont connu des rachats si massifs que les banques centrales américaines et européennes ont du intervenir massivement pour assurer leur liquidité…

En outre, il y a eu un biais psychologique sur les marchés financiers. Ce saut dans l’inconnu est brutal, et daté. On sait qu’il a lieu lorsque les politiques des différents pays le décident. Ainsi, lorsque l’on a vu les banques centrales annoncer, de façon préventive, qu’elles injectent des milliers de milliards d’USD, la psychologie des marchés financiers a accueilli ce soutien historique en chutant plus encore. Les investisseurs se disaient : “Si les banques centrales injectent autant d’argent, c’est que c’est encore plus grave que ce que l’on croit”. Et plus les banques centrales accroissaient leur soutien, plus les marchés baissaient. On se souviendra longtemps de la première conférence de presse en temps de crise, de Christine Lagarde, présidente de la BCE, qui a certes commis quelques maladresses dans cet exercice éminemment difficile : le CAC 40 a affiché, ce jour, sa plus forte baisse en une journée depuis sa création en 1987 ! Alors que Christine Lagarde venait d’annoncer des mesures de soutien.

Et de nombreux analystes, responsables politiques et d’organisations sanitaires ont aussi parfois cédé à la panique. De nombreuses prévisions, projections de courbes, annonçaient des dizaines de millions de morts du coronavirus dans le monde. Les prévisions économiques de grandes banques (Goldman Sachs en particulier), ont parfois quitté le domaine de la raison. Et Mario Draghi lui-même, ancien président de la BCE et ex-collaborateur de Goldman Sachs, interviewé il y a quelques jours dans le Financial Times, nous dit que l’explosion des dettes d’Etat doit devenir la règle permanente, que les Etats doivent prendre à leur charge tout le chiffre d’affaires perdu en raison du confinement des entreprises, qu’il n’y aura plus jamais de retour à la normale…

Des spécialistes économiques pensent comme si le confinement devait durer des années, voir être éternel. Des autorités sanitaires décrivent des millions de morts.

Enfin, des facteurs techniques (appels de marge, flash-trading, robots…) ont encore aggravé cette phénoménale chute de tous les actifs.

Ainsi, la violence de ce choc s’explique d’abord par la forme de l’incertitude due aux mesures de confinement : du jour au lendemain, les pays confinés voient leur économie passer à zéro. Encore une fois, ce n’est jamais arrivé. Ainsi, toutes les publications financières, les analyses financières, les bilans passés des entreprises ne sont plus d’aucun utilité, puisque tout d’un coup, l’entreprise, que dis-je, le pays, a fermé ses portes. Les cours ne peuvent se raccrocher à aucun multiple, à aucune perspective de résultat futur, et pas même aux résultats passés – puisque nous avons sauté dans l’inconnu. Tous les discours, projections et analyses sont envisageables, les pires comme les meilleurs. Le marché, comme l’économie, et même, disons-le, l’Occident, est subitement coupé de tout lien avec son passé, comme avec son avenir. En terme de valorisation des actifs, il n’y a pas de limite.

Et les prix, tous les prix, ont en effet volé en éclat.

Même le prix du Bon du Trésor américain, sans doute l’actif le plus solide au monde, a connu une volatilité digne d’une start-up en biotechnologie pharmaceutique, en phase terminale de test de son médicament…

Un nouveau contre-choc pétrolier

Comme si cela ne suffisait pas, au même moment que la crise financière liée au coronavirus, nous avons assisté à un contre-choc pétrolier. Depuis début janvier 2020 et les frappes américaines sur l’Iran, le prix du baril de Brent est resté dans la zone des 50 à 55 dollars. Or, début mars, une réunion de l’OPEP+ (c’est-à-dire les pays de l’OPEP plus la Russie) propose de réduire la production, pour soutenir les prix : les pays de l’OPEP diminueraient leur production de 1,5 millions de barils par jour, et la Russie de 500 000 barils par jour. Le lendemain, les Russes refusent; et l’Arabie Saoudite décide alors de casser le marché et d’augmenter fortement sa production. En deux jours, le baril de Brent est passé de 55 dollars, à moins de 25 dollars, son plus bas niveau depuis 2002… Un des objectifs poursuivis est de “briser” les producteurs américains de gaz et huiles de schistes, qui ne peuvent s’en sortir à ces prix.

Le prix du pétrole est habituellement un indicateur avancé de croissance économique : quand le prix du pétrole augmente, c’est généralement parce qu’on en consomme plus, et que la croissance se développe. Et inversement. Or, en pleine crise du coronavirus, les marchés ont analysé ce brutal reflux du prix du pétrole comme le signe d’une récession à venir encore plus terrible qu’attendu – et les marchés sont (encore) repartis à la baisse.

Pourtant, il n’est pas très difficile de comprendre que la division par deux des prix du pétrole provient d’une manœuvre entre pays producteurs concurrents (USA, Russie, Chine), et non de la perspective d’un effondrement à ce point du marché. Et même, la baisse des prix du pétrole, si elle dure, est un chèque fait directement aux consommateurs des pays non producteurs de pétrole. Elle est en réalité un facteur de soutien supplémentaire, à ajouter aux injections monétaires des banques centrales et aux politiques budgétaires de relance, qui créent les conditions exceptionnelles d’une reprise forte de la consommation, lorsque les mesures sanitaires seront levées.

La forte baisse des prix du pétrole est assurément un problème pour de nombreuses sociétés pétrolières, qui ne sont plus rentables à ce prix, et qui risquent de faire défaut sur leur dette. Et en effet, il y a eu de très importants mouvements financiers sur la dette à haut rendement aux USA. La banque centrale américaine est intervenue massivement. C’est pourquoi nous ne pensons pas qu’il y ait un risque de crise financière à ce sujet.

Enfin, il faut savoir que Mohamed Ben Salmane, Vladimir Poutine et Donald J. Trump sont politiquement des alliés : il s’agit d’une querelle entre alliés – elle ne devrait pas aller jusqu’à des conséquences irréparables…

Ainsi, la baisse des prix du pétrole, si elle dure, est en réalité une excellente nouvelle de plus pour la reprise économique après les mesures de confinement.

Un choc économique violent, mais de courte durée

Aussi violent que soit l’arrêt décrété par les Etats des économies de pays entiers, cet arrêt est également très court dans le temps. Et cela, les marchés ne l’appréhendent pas.

En effet, nous avons déjà le retour de nombreux pays, qui en ont fini avec le coronavirus, qui connaissent une très rapide reprise de leur activité économique (Chine, Corée du Sud, Singapour, Hong Kong…). Dans quelques semaines à quelque mois, bientôt, le confinement va être levé dans la plupart des pays du monde. Et le redémarrage des économies pourrait être particulièrement fort.

Les soutiens monétaires et budgétaires sont colossaux : les très importantes politiques de relance budgétaire des Etats (2200 milliards d’USD aux seuls USA, par exemple, soit presque le PIB de la France…), les injections monétaires historiques des banques centrales presque partout dans le monde, et les baisses de taux d’intérêt partout dans le monde (sauf en zone euro, puisque le taux de dépôt est déjà négatif depuis 2015), bref, les milliers de milliards d’USD mis sur la table pour assurer la stabilité du système financier et la survie de la plupart des entreprises, créent des conditions historiquement favorables au redémarrage de l’économie.

Cela, la brièveté des mesures de confinement, le marché, privé de tous liens avec son passé comme avec son avenir, ne l’appréhende pas. Les niveaux de prix des entreprises constituent ainsi une opportunité exceptionnelle.

 

Et maintenant ?

Pour la sortie de crise, il est important de conserver en mémoire que l’origine du présent arrêt de l’économie occidentale, consiste en des décisions politiques face au coronavirus. C’est la première crise décidée par les Etats. Ainsi, la sortie de crise sera également dépendante de l’efficacité desdites politiques.

D’autant plus que depuis presque le début de la crise, il y a un remède simple et accessible, trouvé par la Chine (le premier pays frappé par le coronavirus), et porté en France et dans le monde, par le professeur Raoult : ce remède est décrié dans certains pays, mais approuvé et adopté avec succès par de plus en plus d’autres pays.

Nous avons beaucoup travaillé pour examiner de près les différentes politiques mises en oeuvres par les différents Etats dans le monde, pour comparer leur efficacité. Et le résultat de ces comparaisons est étonnant !

Les deux types de politique sanitaire à travers le monde

Si les différentes formes d’application de ces politiques sont aussi nombreuses qu’il y a de pays, il y a tout de même deux grands types de politique sanitaire.

Premier type de politique sanitaire : le confinement généralisé

  • Confinement généralisé de la population, y compris des personnes qui n’ont pas le virus : c’est une mise à l’arrêt quasi-totale du pays;
  • Pas ou peu de dépistage : on ne teste que les personnes avec des symptômes avancés;
  • Interdiction de la chloroquine (selon le protocole de Didier Raoult ou des variantes) hors prescription hospitalière, et application dudit remède seulement en phase terminale de la maladie, où il n’a plus beaucoup d’effet.

C’est la politique adoptée en France, en Italie, en Espagne, et dans trois Etats démocrates américains que sont l’Etat de New York, le Michigan, le Nevada.

Second type de politique sanitaire :

  • Pas de confinement généralisé de la population, pas de mise à l’arrêt quasi-totale du pays : on ne confine que les porteurs symptomatiques ou asymptomatiques du virus;
  • Tests de dépistages massifs ou ciblés, mais de façon à identifier tous les porteurs du virus;
  • Traitement avec de la chloroquine dans le protocole Raoult ou des variantes, dès les premiers symptômes.

C’est la politique qui est mise en œuvre en Chine (qui l’a inventée après avoir tatonnée), puis en Corée du Sud, à Hong Kong, à Singapour et Taiwan, où le coronavirus est une affaire passée, ainsi qu’en Allemagne, aux USA (hors les trois Etats dont on a parlé plus haut), et dans de plus en plus de pays chaque jour : Russie, Maroc, Algérie, Iran, Venezuela, Belgique, Portugal, Inde, Senegal, Nouveau Brunswick, Autriche… ont adopté la chloroquine dès les premiers symptômes.

Même l’Italie a finalement adopté ce second type de politique depuis une dizaine de jours, après avoir fait le contraire jusque là : la chloroquine y est disponible pour les médecins de ville, dès les premiers symptômes, et est remboursée à 100% par la sécurité sociale italienne.

De la difficulté d’évaluer les politiques sanitaires

Il est difficile de lire les statistiques, les chiffres sur-médiatisés, répétés à l’envie et même au-delà, dans les médias, sans recul. Voici quelques erreurs à éviter :

1/ Les taux de mortalités des pays ne peuvent être pris en considération. En effet, le nombre de décès du coronavirus ne peut être rapporté au nombre de personnes contaminées d’un pays, car ce dernier dépend des politiques de dépistages effectuées : un pays qui dépiste beaucoup a beaucoup de cas avéré, et un taux de mortalité bien moindre, que ceux qui ne dépistent que les personnes avec des symptômes avancés. Le taux de mortalité va de 1 à 20 selon les pays… Ce n’est pas le bon chiffre.

2/ Le nombre de décès est le chiffre qui est d’ailleurs donné le plus souvent dans les médias, contribuant à un affolement des populations. C’est une bonne base, mais on ne peut comparer le nombre de morts du coronavirus en France, à celui des USA, dont la population s’élève à 331 millions d’habitants, contre 67 millions pour la France. Par ailleurs, les méthodes de comptage changent d’un pays à l’autre : en France, par exemple, on ne compte que les décès à l’hôpital, pas ceux en Ephad ou à domicile.

3/ Le moins mauvais chiffre à prendre en compte, est pour nous, le nombre de morts du coronavirus, par million d’habitants du pays. Ce chiffre est connu, et relativement stable. Il faut tempérer ces chiffres par les différences de méthode de comptages, et par les cycles de contamination. Mais ils apportent une vision aussi proche que possible de la réalité.

Quelle est l’efficacité des politiques sanitaires ?

Si nous prenons les statistiques, qui sont actualisées quotidiennement, au 5 avril 2020, ceci donne les éléments suivants :

A/ Les principaux pays qui appliquent le confinement généralisé (1ere catégorie) :

  • Espagne : 265,6 morts par millions d’habitants
  • Italie (qui a adoptée la chloroquine il y a dix jours) : 254,1 morts par million d’habitants;
  • France : 116 morts par million d’habitants.

Ce sont les pays les plus touchés au monde, relativement à leur population.

B/ Les principaux pays qui dépistent massivement et soignent dès les premiers symptômes, sans confiner les individus sains :

  • Portugal : 26,1 morts par million d’habitants;
  • USA : 25,7 morts par million d’habitants;
  • Autriche : 20,7 morts par million d’habitants;
  • Allemagne : 17,2 morts par million d’habitants.

Ainsi, s’il faut pondérer ces chiffres en fonction du cycle de la maladie, nous voyons que les pays qui dépistent de façon agressive, qui soignent dès les premiers symptômes, c’est-à-dire la seconde catégorie, sont ceux qui réussissent le mieux d’un point de vue sanitaire. Et encore, nous n’avons pas mis les chiffres des Tigres asiatiques…

Quel est l’impact économique des différentes politiques sanitaires ?

En outre, il faut remarquer que l’ensemble des finances publiques vont être considérablement alourdies par cette crise du coronavirus. Partout dans le monde, les Etats engagent des politiques de relance budgétaires massives, et des mesures pour aider les entreprises à passer ces quelques semaines de quasi-mise à l’arrêt des économies occidentales.

Le choc est extrêmement violent.

Pourtant, au sein de ces pays, les pays qui confinent la totalité de leur population (Italie, Espagne, France), non seulement ont les plus mauvais résultats sanitaires (pas de dépistage ni de traitement dès les premiers symptômes), mais ils auront également le coût financier et économique de très loin le plus important. Ce sont des centaines et des centaines de milliards de dette supplémentaire, plus les garanties bancaires apportées par des Etats déjà en difficulté, qui s’ajoutent à la France, l’Italie, l’Espagne…

En outre, le système bancaire européen, en charge de financer la dette des Etats, était déjà en grande difficulté avant la présente crise (cf. Notre précédent article sur ce thème : Pourquoi l’Allemagne est-elle soudain favorable à une garantie européenne des dépôts bancaires ?). La Banque Centrale Européenne a en urgence modifié les règles de calcul de solvabilité des banques, annulé les stress tests, …

Quelle sera le niveau et la soutenabilité de la dette européenne en particulier, après ces quelques semaines de confinement ? Nous n’osons pas y penser…

 

Ce que nous avons fait dans les portefeuilles

Ainsi, considérant non seulement la force du choc, mais également sa brièveté, ainsi que les mesures pharaoniques de soutien monétaire par les banques centrales, et par les politiques budgétaires de la plupart des Etats, et les errements des prix sur les marchés financiers, nous avons à deux reprises remonté notre niveau de risque, pour être positionné fortement sur le rebond des marchés ces prochains mois.

Investir en évitant les pays qui vont “mourir guéris”

Nous privilégions les pays qui ne vont pas “mourir guéris”, c’est-à-dire les pays qui ne pratiquent pas le confinement généralisé, avec un coût économique et financier invraisemblable pour les Etats, pour des résultats sanitaires bien moins bons.

Nous préférons soit les pays qui sont déjà sortis du coronavirus (en Asie notamment), soit les pays qui dépistent et traitent les patients, sans confiner entièrement le pays – en particulier les USA. Nous sommes presque sortis intégralement de l’Europe, où se concentreront les plus mauvais résultats sanitaires, avec le plus important coût économique et les plus importantes difficultés sur le financement de la dette après la crise.

Le vrai risque est ainsi dans les conséquences à la fois sanitaires, économiques et financières, de politiques inadaptées. Jamais la politique n’a eu autant d’incidence sur l’économie et la finance.

Sachez pour terminer que :

  • Partout dans le monde, des remèdes sont expérimentés avec beaucoup de succès, dont certains sont très simples et peu coûteux,
  • Le pic de la maladie semble être derrière nous, même en Europe,
  • Chaque année 2,6 millions de personnes meurent dans le monde d’infections pulmonaires, contre 64000 du coronavirus à ce jour,
  • Les valorisations des entreprises présentent à ce jour une opportunité exceptionnelle.
Christophe Brochard
Conseil en investissement financier agréé

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