Bienvenue dans la démondialisation !

Bienvenue dans la démondialisation !

Le , par Christophe Brochard

 

Le monde change sans cesse, c’est une Lapalissade – mais certaines époques connaissent des mutations plus rapides et plus fondamentales que d’autres. Nous sommes à l’un de ces moments, où les évolutions sont si profondes et à la fois si évidentes, que de nombreux experts ont du mal à voir ce qui se passent juste devant leurs yeux. Or, voici ce qui arrive : la mondialisation heureuse est derrière nous, nous entrons dans la démondialisation. Et ça change tout – tant au niveau économique, que financier, politique, géopolitique, sociétal…

 

Les tensions commerciales entre les USA et la Chine sont le signe le plus évident de cette entrée dans la démondialisation.

 

Par-delà les tensions commerciales USA / Chine

En effet, nous avons connu plusieurs décennies de mondialisation heureuse, qui ont permis un enrichissement sans précédent de la population mondiale, l’apparition de classes moyennes et supérieures en particulier dans les pays émergents, un accroissement continu de la demande globale et des échanges mondiaux entre pays.

 

Pendant ces décennies, les relations entre les USA et la Chine étaient simples et pacifiques : la Chine était l’atelier du monde, elle fabriquait des produit à faible valeur ajoutée, qu’elle exportait massivement vers les pays développés, USA en tête, pour les y vendre.

 

A cette époque, les excédents commerciaux de la Chine envers le reste du monde (elle était, jusqu’en 2016, le 1er exportateur mondial) faisaient entrer en Chine des capitaux en quantité. La Banque Centrale de Chine (BPOC) a ainsi constitué un capital de plus de 4000 milliards d’USD, soit plus de 70% des réserves de changes de l’ensemble des banques centrales du monde…! Avec cet argent, la Chine finançait la dette d’Etat américaine, ainsi que les banques américaines. L’Amérique, en retour, achetait les produits chinois. La Chine était un partenaire stable et inoffensif des USA. Tout était bien. C’était avant.

 

En effet, la crise de Lehmann Brother a tout accéléré. Face à la surdité des USA, qui ont toujours refusé aux pays émergents le droit de peser d’un poids correspondant au leur dans l’économie mondiale, dans les institutions mondiales (FMI en tête), la Chine a cultivé son indépendance face aux USA : la politique volontariste du gouvernement chinois, à travers ses plans quinquennaux, a solvabilisé une demande intérieure dans les villes chinoises en encourageant massivement les hausses de salaires et la consommation intérieure, la Chine a investi massivement dans l’éducation, la recherche, l’armée…

 

Et désormais, la Chine et les USA ne sont plus des partenaires, mais des rivaux. Et pour longtemps. Voyez plutôt.

 

Monnaie :

 

La Chine a indexé depuis longtemps sa monnaie sur le dollar (ce qui ne manque pas d’agacer les USA); elle a également passé patiemment depuis 2008, avec la plupart des pays asiatiques, mais aussi avec le Japon, la Russie, etc…, des accords bilateraux pour ne plus utiliser le dollar américain dans le commerce international (ce qu’on appelle la dédollarisation du monde émergent); les expériences de détention du yuan chinois comme monnaie de réserve dans les banque centrales asiatiques, en lieu et place du dollar US, se multiplient; la banque centrale chinoise, comme la Russie, achète par ailleurs énormément d’or (pour se prémunir des variations du dollar); et enfin, last but not least,… la banque centrale chinoise n’achète plus depuis de nombreuses années de dette américaine ! Le Yuan étend son influence de manière grandissante, aspirant à devenir une alternative au dollar US pour toute une partie du monde.

 

Technologie :

 

Alors que pendant la mondialisation heureuse, la Chine ne faisait que voler certains brevets, et se contentait de production de faible valeur ajoutée, elle dépose aujourd’hui plus de brevets que les USA. Ce n’est pas un hasard si le premier EPR au monde qui fonctionne, et le seul qui fonctione à ce jour, a été construit avec les chinois, en Chine.

 

Armée :

 

La Chine a également investi massivement dans son armée, tout comme la Russie. Business Insider a composé récemment la liste des armées les plus fortes au monde, d’après la diversité de leur armement, leur population, leur budget militaire, etc. Et les 5 armées les plus puissantes sont, dans l’ordre, les USA, la Russie, la Chine, l’Inde et en 5eme position, la France.

 

Economie :

 

En terme de puissance économique, selon les mesures envisagées, la Chine est tantôt deuxième, tantôt première économie mondiale devant les USA.

 

Pour toutes ces raisons, la Chine est devenue, patiemment et sûrement, un concurrent sérieux des Etats-Unis. Cette relation de concurrence et de rivalité entre les deux premières puissances mondiales sera assurément le centre de la géopolitique et de l’économie mondiale, désormais.

 

Le marasme européen

De même, presque partout dans le monde, mais aussi en Europe, les pays développés ne trouvent plus leur compte dans la mondialisation. Ainsi, l’apparition de gouvernements dits “populistes” dans de très nombreux pays européens, les difficultés politiques rencontrées dans leur propre pays par le couple franco-allemand Merkel – Macron, l’incapacité de la Banque Centrale Européenne, 10 ans après Lehmann Brother, de sortir l’Europe de la crise (elle vient même de reprendre ses injections monétaires…), à résorber le chômage, suscitent ici aussi la colère de nombreuses populations : le mouvement des gilets jaunes, par exemple, est issu du refus de la pauperisation rampante et réelle des personnes qui travaillent avec des bas salaires en France – il marque la fin du consentement de toute une partie de la population à payer un impôt direct ou indirect de plus en plus confiscatoire, et place Macron devant une équation budgétaire redoutable.

 

La nouvelle dynamique de l’économie mondiale : la relocalisation

Enfin, au niveau économique, tant à l’échelle des pays, qu’à l’échelle des entreprises, nous voyons que les entreprises et les pays qui ont une chaine de valeur mondiale, internationale, et qui étaient les grands gagnants des décennies de mondialisation heureuse, sont aujourd’hui en difficulté par rapport aux sociétés qui produisent pour elle-même, de façon locale, proche du consommateur. On peut citer, par exemple, le cas d’Apple, dont les iphones sont fabriqués en Chine, et qui a été mis en grande difficulté par les sanctions économiques imposées par les USA à la Chine, comparé à Tesla, par exemple, qui produit aux USA ce qu’elle vend aux USA, et n’est donc pas touché directement par les barrières douanières.

 

Bourse – L’ancien et le nouveau stock-picking

La démondialisation appelle en outre, à l’invention, en bourse, d’un nouveau stock-picking, qui analyserait la vulnérabilité ou au contraire la force d’une entreprise, vis-à-vis du risque d’instauration d’une barrière douanière entre deux pays. De la même façon, nous avons à analyser les forces et faiblesses des pays, en fonction de leur exposition à d’autres pays. Par exemple, l’Allemagne est devenue, en 2016, premier exportateur mondial, en volume comme en pourcentage du PIB, devant la Chine : sera-t-elle la prochaine cible des USA, après la Chine, pour son trop grand excédent commercial ? Evidemment. Pour les investisseurs, cela implique une inversion de la mesure de la valeur des pays comme des entreprises…

 

Conclusion

Ainsi, nous assistons à un changement de régime profond des relations entre pays dans le monde : suite à l’échec des institutions mondiales à remplir leur rôle de façon équilibrée (OTAN, ONU, FMI, OMC, Europe, CEDH…), et surtout suite à leur échec à donner de façon transparente aux pays émergents la place qu’il méritent eu égard à leur force croissante dans l’économie mondiale, le monde est en train de passer du multilatéralisme au bilatéralisme, c’est-à-dire qu’il remet à plat progressivement les institutions et les accords supra-nationaux, et entame la négociation, d’un pays à l’autre, d’accords nouveaux, qui préservent les économies intérieures, et qui équilibre les relations entre nations.

 

Si les échanges internationaux ont déjà commencé à diminuer du fait de l’avancée de la démondialisation, il n’est toutefois pas certain que le niveau d’activité de l’économie mondiale globale en pâtisse réellement : les relocalisations de production a déjà également commencé.

 

Le nouvel ordre mondial sera-t-il international?

 
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Christophe Brochard
Conseil en investissement financier agréé
Gerant associé du Groupe Quinze - Gestion Privée

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